Madame Irma

Après avoir rédigé 2 articles sur quelques généralités sur les ouragans (voir mes articles Les ouragans en Floride et Que faire en cas d’ouragan en Floride), je me devais de revenir sur l’ouragan Irma d’un point de vue plus personnel pour clôturer ce sujet. En effet, Madame Irma s’étant invitée en Floride, elle nous a conduit à faire un « road trip » non programmé jusque dans le Mississippi et plus précisément dans la ville de Jackson, la Capitale du Mississippi. Pourquoi sommes nous partis aussi loin me direz-vous? Je vais vous expliquer la chronologie des événements…

Au début, quand nous avons commencé à entendre parler d’Irma, cela s’est fait par l’intermédiaire de Facebook sur lequel on voyait de plus en plus d’articles dans nos actualités et également par l’intermédiaire d’amis expatriés aux USA, qui nous parlaient de l’approche de cet ouragan vers la Floride… Le dimanche précédent Irma nous étions à Marco Island et dans la journée j’ai aperçu quelques panneaux parlant « d’hurricane » (ouragan). Je n’y ai pas prêté beaucoup d’attention jusqu’au soir où en discutant avec une amie par message, elle m’a demandé si nous avions fait nos provisions (?). Je lui ai demandé pourquoi et elle m’a envoyé une photo de rayons vides en évoquant l’arrivée d’Irma sur le sud de la Floride. Sur ce, nous avons commencé à regarder sérieusement les chaines météo mais nous n’étions pas encore vraiment inquiets…

Dans un premier temps, il était question que l’ouragan Irma se dirige plus sur la côte Est, plus précisément vers Miami, et aussi inquiets que nous étions pour eux, nous pensions alors qu’il ne serait pas nécessaire de quitter notre maison. Mais c’était sans compter sur la taille de Madame Irma qui n’était pas au régime puisqu’elle se présentait comme un ouragan de catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson avec un diamètre d’environ 500 kilomètres à ce moment là. Irma était l’un des plus puissants ouragans de l’océan Atlantique de ces 80 dernières années. L’ambiance commençait déjà à changer autour de nous et dès que nous croisions un voisin ou une connaissance, les gens se posaient la question de savoir s’ils allaient partir ou rester dans leur maison.

Les paroles du gouverneur de Floride et des autorités étaient peu rassurantes également. Nous avons alors pris conscience du danger et des pertes que pourraient engendrer Irma tout en étant impuissants face à la nature. De plus, les tracking montraient qu’Irma se dirigeait de plus en plus vers le centre, voire l’ouest de la Floride où nous vivons.

En 24h, tout a alors changé de façon extraordinaire, les gens se sont rués sur les stations essence afin de faire le plein pour les voitures et les générateurs, nous avons commencé à voir des queues aux stations et un début de pénurie dans certaines. Certains devenaient également impatients, un comportement rare et isolé que nous avons très peu vu depuis que nous sommes installés en Floride. Les supermarchés près de chez nous ont clairement été dévalisés par les clients sur les rayons eau, biscuits secs… Tout le monde préparait son kit d’urgence, constituait des réserves (dans des quantités un peu folles à voir certains caddies) et mettait en sécurité sa maison ainsi que ses documents importants.

A partir de ce moment, nous nous sommes dit que les choses devenaient assez sérieuses et qu’il fallait prendre une décision. L’ambiance qui régnait à ce moment là était assez particulière. Il faut la vivre pour la comprendre réellement, mais on sent que les choses nous échappent et qu’un simple grain de sable (un gros grain de sable dans le cas d’Irma) peut rapidement faire dégénérer les choses.



Le mercredi, mon mari a donc décidé d’installer les shutters sur notre maison (volets métalliques anti ouragan), comme tous nos voisins d’ailleurs. C’est une véritable entraide qui s’est alors mise en place dans notre community. Mon mari a aidé nos voisins à installer les shutters sur les maisons voisines et inversement. Tout le monde s’est proposé d’aider l’autre et tout le monde se conseiller. Les voisins ayant des animaux ont fait le choix de rester sur place pour la plupart et ceux qui le pouvaient ont fait le choix de partir et de s’éloigner de la trajectoire d’Irma. Avec nos 2 enfants, il était impensable de courir le moindre risque, nous avons donc fait le choix de partir nous aussi le mercredi soir car l’essence venait à manquer fortement. Le choix de rester ou partir est personnel mais parfois il vaut mieux partir pour rien. Il faut savoir que pendant l’ouragan il est interdit de bouger de chez soi (donc plus possible de partir) sauf ordre d’évacuation dans des refuges.

L’installation des shutters anti-ouragan sur la maison

Nous nous sommes alors dirigés vers le Nord de la Floride, Chrytal River dans un premier temps puis Panama City Beach avec des amis expatriés français eux-aussi. Un problème est rapidement survenu, la pénurie d’essence puis un second celui de l’hôtellerie. Et oui, nous n’étions pas les seuls à avoir pensé à se réfugier vers le nord de la Floride, plus de 5 millions de personnes avaient quitté leur domicile pour se mettre à l’abri ! Ce qui devait arriver arriva, tous les hôtels étant bookés, nous nous sommes retrouvés sans hôtel pour dormir alors qu’Irma fonçait tout droit vers notre maison. Nous n’avions plus le choix : Plus rien de disponible en Alabama ou en Géorgie, le premier hôtel trouvé était à Jackson dans le Mississippi à plus de 5h de route d’où nous étions, sans compter avec les embouteillages. En montant, nous avons croisé des centaines de camions FPL (l’équivalent en Floride de l’EDF) qui descendaient déjà vers la Floride en prévision des futures coupures d’électricité.

Notre road trip improvisé, rebaptisé « Road trip Irma » par nos amis, nous a donc fait découvrir involontairement une partie du Mississippi et de l’Alabama. Heureusement, l’ambiance a été excellente pendant ces quelques jours de « fuite ». Le fait d’être en groupe nous a permis à tous de mieux gérer notre stress et cela nous a permis de faire face à Irma plus sereinement, d’un point de vue mental, puisque nous étions loin de l’ouragan physiquement. Dans notre hôtel, il y avait 70% de floridiens et nous espérions tous que ceci n’était qu’un mauvais rêve qui se terminerait bien ! L’hôtel avait d’ailleurs fait un prix sur la nuitée pour les floridiens et mis un panneau où chacun pouvait écrire un message. Les messages de nos proches et de mes abonnés nous ont aussi beaucoup aidé pendant ces quelques jours incertains.

Tout ceci s’est déroulé en gérant le stress de voir la trajectoire de plus en plus ciblée d’Irma sur notre région (notre maison) et les messages d’alerte de plus en plus nombreux sur nos téléphones. Ensuite, les experts ont annoncé que le modèle européen de la trajectoire de l’ouragan primait et qu’il allait venir directement taper le Sud Ouest de la Floride, c’est à dire chez nous. Nous avons alors reçu une quantité d’alertes (mails, sms, appels…) provenant de notre résidence, de notre comté, de l’école… De nombreux refuges (shelters) ont été ouverts dans des structures plus sûres et en zone non inondables comme les écoles, les stades pour les personnes ne pouvant pas quitter la région ou pour les plus démunis.

Le vendredi et le samedi précédents l’arrivée d’Irma, nous avons réellement pensé que nous allions perdre notre maison et tout avec elle. Nous avons découvert avec beaucoup de tristesse les images des îles comme St Martin, St Barthélémy (…) ravagées par Irma et les informations tournant en boucle ne nous rassuraient plus du tout. Nous avions des nouvelles via les personnes restées sur place qui stressaient de plus en plus elles aussi. Nous avons très peu dormi et avons suivi les actualités quasiment heure par heure. En plus, de tout cela mon mari devait continuer à assurer son travail et nous devions occuper les enfants. Nous étions loin, impuissants… et même si nos vies n’étaient pas en danger, je pensais que notre vie allait profondément changer avec Irma.

Le dimanche, jour où Irma devait arriver sur la côte sud-ouest de la Floride, nous étions persuadés que le pire allait arriver… Malgré tout, nous avons décidé de sortir pour que les enfants ne sentent pas ce climat de tension. Bien sûr, nous étions tous les yeux rivés sur nos téléphones dans l’attente de nouvelles. Les premières images ont commencé à arriver Naples, Fort Myers…La Catastrophe annoncée était là, ils ne s’étaient pas trompés! Et en début d’après-midi, nous avons appris que l’ouragan était descendu de catégorie ce qui laissait un très bon espoir pour la Floride. Bien sûr, on parlait d’ouragan pas de tempête donc les dégâts seraient là mais moins importants qu’annoncés.

Par l’intermédiaire des personnes sur place et de voisins, nous avons su que certaines rues dans notre résidence étaient inondées, qu’il y avait beaucoup d arbres à terre, des tuiles arrachées pour certaines maisons ainsi que des moustiquaires et qu’il n’y avait plus d’électricité. Nous étions malgré tout rassurés et attendions des nouvelles de notre voisin de maison qui était déjà en train de redescendre le lundi matin. Nous n’avons pris la route vers la Floride que le mardi seulement car les dégâts étaient nombreux (électricité notamment) et il y avait encore de gros problèmes d’essence ainsi qu’ énormément de monde sur les routes.

Nous sommes arrivés chez nous le mercredi soir car l’après-midi le courant avait été remis. La ville était sous couvre-feu, tout était encore fermé car les coupures d’électricité étaient très importantes. En arrivant, nous avons essayé de trouver quelques petites choses car tout ce qui était dans le frigo était bon à jeter avec la coupure de courant. Nous nous sommes arrêtés dans la seule station ouverte et là il y avait un monde fou. Le hasard a voulu que nous tombions sur un de nos voisins qui attendait les camions d’essence depuis un bon moment… Bien sûr, quand je suis rentrée dans la station j’ai découvert des rayons quasi vides. Nous sommes ensuite rentrés chez nous et là nous avons découvert les dégâts. Malgré la chaleur (la clim était en panne), nous étions heureux d’avoir toujours un toit sur la tête !

Messages des floridiens dans le hall hôtel dans le Mississippi.

Messages sur mon téléphone.

 

Parler d’Irma aujourd’hui nous est plus facile parce que « tout s’est bien passé » pour nous, mais tous n’ont pas eu notre chance avec des maisons inondées ou des maisons endommagées… Certains ont même tout perdu, à Saint Martin pour commencer mais également ici en Floride près de chez nous. Nombreux sont ceux qui se trouvent encore dans les shelters aujourd’hui.

Nous avons donc goûté aux « joies » d’un ouragan en Floride  et nous ne sommes pas pressés de remettre ça. Il est clair qu’un ouragan n’est pas une grosse tempête mais un phénomène climatique d’une très grande puissance qu’il ne faut pas prendre à la légère. Même si les dégâts dans notre résidence ont été moindres qu’annoncés (principalement des arbres tombés, quelques inondations par endroits, des moustiquaires et des tuiles envolées) Irma a également engendré des problèmes techniques importants qui ont paralysé la vie en société les jours suivants (coupures d’électricité, restriction sur l’eau, plus de réseau sur certains services mobiles…) sans compter ceux qui ont perdu beaucoup plus. Aujourd’hui encore beaucoup de choses ne sont pas rétablies mais le temps fera les choses… Les écoles ont ré-ouvert le 25 septembre après presque 3 semaines de fermeture et des jours de congés futurs sont annulés pour rattraper le retard. Les services ici m’ont épaté par leur efficacité notamment FPL et j’ai également été surprise par l’énorme élan de solidarité entre les gens notamment pour ceux qui ont perdu leur logement. Il y a des collectes de vivres, de vêtements, de nécessaires et d’argent un peu partout. Dans notre résidence, il y a eu la mise en place d’une aide pour les gens de la région qui avaient beaucoup perdu. Ils l’avaient déjà fait pour le Texas il y a quelques semaines. J’espère du fond du cœur que dans le futur toutes ces personnes pourront s’en sortir et retrouver un équilibre.

Vous dire qu’aujourd’hui je me sens complètement à l’abri serait mentir. Un couple de voisins qui vit en Floride depuis 10 ans n’avait jamais vécu d’ouragan et nous en avons vécu un (et pas des moindres) au bout de seulement une année. Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve mais j’espère ne pas revivre un nouvel épisode « ouragan ».

Bon vent Madame Irma et au plaisir de ne plus vous revoir !

 

L’eau se retire juste avant l’arrivée d’un ouragan, comme pour un tsunami… très impressionnant quand on connait les lieux.

Inondations dans notre communauté après le passage d’Irma

 

Merci à Nancy, Marie Joe, Bruno et Fred pour leur amitié et leur soutien pendant ce road trip.
Je dédie cet article à la mémoire des personnes décédées à cause d’Irma, ainsi qu’à tous les sinistrés de cet ouragan.



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Comments

  • Julien Radiguet

    octobre 1, 2017 at 22 h 29 min
    Reply

    Un peu en retard, mais très bel article ☺️

  • Bujon

    septembre 25, 2017 at 20 h 19 min
    Reply

    Heureux de savoir que vous avez évité le pire ! Bon courage pour remettre en état ce qui, malgré tout, a été détérioré. Gérald nous […] Read MoreHeureux de savoir que vous avez évité le pire ! Bon courage pour remettre en état ce qui, malgré tout, a été détérioré. Gérald nous avait dit que vous vous étiez éloignés dans le Mississipi et je savais donc que vous mêmes étiez à l'abri. Read Less

    • geraldinewp
      to Bujon

      septembre 26, 2017 at 12 h 44 min
      Reply

      Oui nous avons eu de la chance pour cette fois ! Il y a eu beaucoup de dégâts et des personnes ont beaucoup perdu... Un […] Read MoreOui nous avons eu de la chance pour cette fois ! Il y a eu beaucoup de dégâts et des personnes ont beaucoup perdu... Un peu déroutant. Merci pour votre message, Géraldine. Read Less

  • dimitrijevic

    septembre 25, 2017 at 12 h 37 min
    Reply

    Très belle article malgré l horreur du sujet Encore bravo

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