La carte postale

Lors de notre retour en France en juin dernier pour les vacances, nous avons rendu visite aux amis et à nos familles bien entendu. Je tenais aujourd’hui à travers cet article à vous parler en quelques mots de la visite rendue à ma grand-mère paternelle dans une maison de retraite de Cannes. Il faut savoir que par le passé, j’ai eu peu de relations de « complicité » avec cette dernière car les choses sont ainsi parfois, on développe un relationnel différent selon les membres de sa famille, les affinités étant différentes selon les personnes, comme pour les amis.  C’est donc un peu à ma grande surprise que j’ai retrouvé une grand-mère très heureuse de nous voir et nous avons passé une excellente après-midi avec elle, à discuter de notre vie aux USA et de choses banales de la vie. Je retrouvais durant cette journée une grand-mère attachante et affectueuse, ce qui n’avait pas toujours été mon ressenti par le passé. Découvrir aussi tardivement cette « face cachée » de ma grand-mère m’a beaucoup touché, et même un peu chamboulée pour être honnête, un peu comme si j’étais passée à coté de quelque chose… La journée s’est terminée et nous sommes ensuite repartis, non sans avoir versé quelques larmes et s’être enlacées chaleureusement.  Je découvrais enfin une proximité et un attachement avec cette grand-mère paternelle (des sentiments que j’avais eus plus naturellement avec ma grand-mère maternelle). Mon mari et moi étions très pensifs sur le chemin du retour, et nous nous rendions compte à quel point les choses peuvent nous échapper parfois ou qu’on peut passer à côté de certaines choses dans la vie. Ce qui était sûr, c’est que ma grand-mère nous avait demandé de lui envoyer une carte postale lorsque nous serions rentrés en Floride, et nous n’allions pas rater cette occasion !

Nous sommes donc revenus de France fin juin puis nous sommes repartis quelques jours après en road trip à la découverte de North Florida. Nous avons bien entendu envoyé la fameuse carte postale promise à notre retour, chose que je n’avais encore jamais faite avec cette grand-mère depuis notre installation aux États-Unis. A mon grand et triste regret, ma grand-mère ne verra jamais cette carte postale… Le destin en ayant décidé autrement, l’état de santé de ma grand-mère s’est dégradé très rapidement et après une hospitalisation, elle est malheureusement décédée.

Aujourd’hui, je partage cet évènement très personnel car, tout comme pour l’éloignement avec la famille et les amis, le deuil s’invite parfois dans l’histoire d’une expatriation. On serait resté en France, les choses arriveraient de la même façon et la douleur serait là aussi, mais lorsqu’en plus on est loin de sa famille dans ces moments difficiles, on s’en veut de ne pas être présents et on se sent fautifs en quelque sorte. Au-delà de cette culpabilité naissante, on repense aussi au passé, à ces moments loupés et irrattrapables. J’aurais voulu être là pour soutenir mon père, et notamment l’accompagner à la cérémonie mais malheureusement, je ne pourrai pas… Je ne serai pas là.

Quand on s’expatrie, on essaie de voir toujours le positif, même dans les mauvais moments, c’est ce qui nous fait avancer. Les histoires que l’on raconte sont le plus souvent les bons moments, car c’est ceux là qu’on retiendra, mais il faut être conscient que la vie ne nous attend pas et que les instants ratés le seront pour toujours, que cela concerne la famille ou les amis. L’expatriation exacerbe ce ressenti et rend les choses parfois plus difficiles encore, l’éloignement fait ressentir cette culpabilité « injustifiée » de ne pas être présent et il faut être également préparé à faire face à ça dans ces moments-là.

A contre courant sur ce que j’écris habituellement, j’ai souhaité partager cette pensée sur mon blog car c’est un sujet très important voire majeur pour beaucoup d’expatriés. L’expatriation est une magnifique expérience de vie et une spirale positive qui apporte son lot de surprises et de joie, mais elle est parfois entrecoupée de moments comme ceux là qui ne sont pas faciles à vivre avec l’éloignement. De façon contradictoire, on qualifie souvent une expatriation comme une aventure « humaine » extraordinaire alors que pourtant, on s’éloigne de sa famille et de ses proches… C’est sans doute un des plus gros paradoxe de l’expatriation. Il n’y a aucune morale à cette histoire très personnelle, sinon l’envie de vous dire de ne pas oublier vos proches ou vos amis. Que vous soyez expatrié(e)s ou non, la vie est courte et on ne rattrape pas le temps perdu, n’oubliez pas de dire aux gens que vous aimez… que vous les aimez.

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 Je dédie cet article à Poussy, à mes grands-parents et à mes parents.

7 thoughts on “La carte postale

  1. Très bel article, comme tu sais si bien les écrire…. J’ai toujours grand plaisir à les lire, même si aujourd’hui celui-ci me fait monter les larmes aux yeux.
    Ce qu’il faut aussi retenir c’est que si vous n’étiez pas partis, tu ne serais peut-être pas aller la voir avec le même élan de se dire que tu ne sais pas quand tu aurais l’occasion de la revoir et votre (ou vos) rencontre n’aurait peut-être pas été aussi affectueuse. Tu garderas un doux souvenir de ta grand-mère et de son côté c’est aussi certainement ce qu’elle a emmené avec elle.
    Je te rejoins aussi sur le fait de dire à ceux qu’on aime.. qu’on les aime qu’ils soient loin ou juste à côté de nous.
    Merci pour cet article et une douce pensée pour toi et ta famille
    Sophie

  2. Géraldine je n’étais pas au courant de ce deuil. J’ai dû voir votre père pour la dernière fois un peu avant que vous perdiez cette Grand Mère. Quel hasard incroyable que vous ayez pu la rencontrer à l’occasion de votre venue en France en juin dernier. Sa disparition si imprévue montre bien la relativité des choses de la vie et tout se qui passe parfois sans même qu’on le remarque…..Je vous présente mes plus sincères condoléances et je partage votre chagrin. Gérard.

    • Bonjour et merci beaucoup. Elle est en effet décédée il y a quelques jours.Oui, heureusement que nous sommes allés la voir et que nous avons partagé ce moment. Je garderai d’elle ce souvenir… Encore merci, Géraldine.

  3. Je te présente mes plus sincères condoléances, même si l’on a jamais eu l’occasion de se rencontrer je sais que tu es quelqu’un de bien, que vous êtes des bonnes personnes…

    tu ne peux pas t’en vouloir parce que tu as découvert ce côté que très récemment, je comprends ce que tu écris, je pense que ceux qui veulent votre bonheur ne peuvent pas vous en vouloir de vivre votre rêve de toujours.

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